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Ardoise de France

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ARDOISE ET DESIGN; AMENAGEMENTS ET DECORATION

  • Jean-Pierre Nénon
  • il y a 1 jour
  • 5 min de lecture

Les ardoisières de France aspirées par une phénoménale décadence fermèrent les unes après les autres notamment dans la deuxième moitié du XXème siècle à l’exception de celles du bassin de Trélazé qui résistèrent jusqu’en 2014.


Les causes de cette débâcle survenant dans le pays qui reste le premier consommateur d’ardoises au monde sont bien sûr multiples : concurrence nationale entre les ardoisières des différentes régions d’abord bientôt submergée par celle en raz-de-marée de l’Espagne à partir des années 60, gestion économique n’ayant su s’adapter, manque de savoir-faire d’une main d’œuvre immigrée et jamais formée provoquent l’effondrement de la production. Toutes causes commodément enfouies sous le trop souvent fallacieux prétexte de manque de ressource en matière première permettant de présenter la débâcle comme inéluctable et dégageant ainsi de leurs responsabilités économiques et sociales ceux qui en portaient.  

Pourtant avant de disparaitre du paysage industriel, les ardoisières de France tentèrent parfois, dans un dernier sursaut annonciateur de leur fin, une diversification de leur production – depuis toujours exclusivement constituée par les ardoises de couverture - en produisant des poudres de coloration des peintures, des paillettes de différents calibres servant à mouler des parpaings et  fabriquer du shingle très demandé par les pays du nord de l’Europe et même quelques objets du quotidien comme des dessous de plat et des cendriers. Cette tentative de diversification désordonnée et sans stratégie commerciale ne servit, hélas, à rien.


Or, paradoxalement, aujourd’hui, c’est précisément la diversification qui assure l’essentiel de l’activité des derniers sites encore actifs. Quelques artisans ont su percevoir la montée d’une tendance design portée par l’ardoise depuis une vingtaine d’années et répondre à une demande qui ne fait que s’amplifier. Le succès est tel que des ateliers modernes et bien équipés mais peu nombreux travaillent l’ardoise aujourd’hui pour produire des éléments de décoration et d’aménagement, le plus souvent sur commandes personnalisées des clients. (FIG. 1 et 2). Devant une telle diversité de produits, on oublie presque que l’ardoise sert à couvrir les toits…depuis un millénaire.  

L’ardoise travaillée provient pour une infime partie de France (Morzine, Labassère, Lacaune, Dourgne) et la partie importée vient d’Espagne, d’Italie, du Québec (Canada), du Vermont (USA), du Brésil et même de Chine.


Dallages et revêtements de sol

Constitués d’éléments géométriques (FIG. 3) ou d’opus incertum, (éléments de forme irrégulière) (FIG. 4), les dallages occupent une place de choix tant à l’extérieur qu’à l’intérieur. 

Nos prédécesseurs, dès le XVIème siècle, utilisaient l’ardoise pour paver le sol des églises pratiquement de tous les villages et villes ardoisières. Le plus élaboré est celui de l’église fortifiée d’Aouste en Thiérache ardennaise. Il recouvre la totalité du sol en utilisant deux motifs différents : l’un constitué de dalles carrées d’ardoise verte et violette revêt l’allée centrale conduisant de la porte d’entrée à l’autel. (FIG. 5). Le second, nettement plus original est inspiré par les peintres italiens du XVIème siècle ayant inventé la perspective. Composé de losanges, tous de même taille, découpés dans de l’ardoise de trois couleurs (verte, violette et bleue) provenant de Fumay (Ardennes), il crée un trompe-l’œil du plus bel effet. (FIG. 6)   


L’ardoise au jardin

L’ardoise joue un rôle sans cesse croissant dans l’aménagement et la décoration du jardin dont on trouve les différents éléments maintenant dans toutes les jardineries et bien sur directement chez les fabricants. Ce rassemblement d’ardoises de diverses régions de France et de divers pays du monde en un même lieu fait percevoir l’étonnante diversité des couleurs du matériau aux clients prenant conscience qu’il n’existe pas que le seul « bleu ardoise » - rare d’ailleurs - puisque cette roche est aussi grise, violette, verte, noire et même rouge quand elle provient des carrières du Portugal ou de l’Ontario au Canada. La seule ardoise véritablement bleue est celle de Cévins dans les Alpes.

De tout temps, les éléments de palissade - ou palis – ont été très utilisés en Bretagne et dans les Ardennes en privilégiaient la fonctionnalité plus que l’esthétique. Ils délimitaient des jardins, des enclos pour animaux d’élevage et parfois des cimetières. Ces éléments faits de grandes plaques d’ardoise de moindre qualité se prêtant mal au fendage subsistent encore dans les régions ardoisières mais ces antiques palissades disparaissent aujourd’hui de plus en plus (FIG 7) alors qu’elles reprennent grâce aux paysagistes toute leur place dans les jardins contemporains. Les éléments constitutifs en s’alignant ou en étant installés à claire voie sont aujourd’hui sciés et standardisés (FIG 8).

L’ardoise participe au mobilier de jardin en devenant barbecue au centre d’un espace dallé (FIG. 9) ou bordure de massif (FIG. 10) comme elle sert de pavés d’allée (FIG. 11) ou de marches d’escalier particulièrement esthétique (FIG. 12)

L’interdiction d’utiliser les désherbants et plus généralement les produits phytosanitaires dans les espaces publics a très largement favorisé depuis une dizaine d’années l’utilisation de paillettes d’ardoise comme couvre sol limitant la croissance des « mauvaises herbes ». Les particuliers très enclins à suivre ce chemin vertueux utilisent de plus en plus le « paillage d’ardoise ». (FIG. 13). Aujourd’hui, nombre d’anciens sites ardoisiers abandonnés et aujourd’hui repris par des entreprises privées au premier rang desquels la Société Imérys procèdent au concassage à diverses tailles et granulométries des déchets accumulés parfois au fil des siècles durant la période de fabrication des ardoises de couverture.    

 

L’ardoise dans l’habitat

Ayant conquis le jardin, l’ardoise est aussi très présente dans les intérieurs et tout particulièrement celui des maisons et appartements contemporains. L’ardoise qui ne participait jadis à l’aménagement des maisons modestes qu’en tant que matériau fort peu utilisé quoique bon marché est devenue plus que jamais matériau de décoration de qualité sinon de luxe.

On peut ainsi voir dans la plupart des sites encore en activité des éléments de commande à l’état de plaques (FIG. 14) provenant des sites locaux ou importés de divers pays pouvant être utilisées en état brut ou après polissage, perforées par des machines programmées des trous nécessaires aux amenées et à l’évacuation des eaux (FIG. 15). Ils serviront à l’installation des cuisines dotées d’éviers et de plans de travail (FIG. 16 – 17) et des pièces d’eau (FIG. 18 – 19) où l’ardoise recouvre le sol, les murs et constitue la vasque de réception de la douche.

Les revêtements des murs des pièces à vivre sont préférentiellement habillés d’éléments en forme de briquettes créant des surfaces irrégulières dont l’esthétique est mise en valeur par l’éclairage (FIG. 20 - 21)

L’entourage des piscines intérieures (FIG. 22) comme les piscines extérieures (FIG. 23 - 24) faits d’ardoise se rencontrent de plus en plus fréquemment.

 

Lorsque la fabrication des ardoises de couverture a cessé en France, (1971 dans les Ardennes, années 2000 – 2014 en Bretagne et en Anjou), la proportion des déchets de fabrication atteignait dans certains sites jusqu’à 95% du volume de la pierre extraite ! Un tel gâchis ne pouvait que conduire à la fermeture des ardoisières. Aujourd’hui, ces déchets accumulés au fil des décennies sont transformés en paillettes utilisées dans les jardins privés et publics par une industrie très rentable tandis que l’ardoise employée en France tant pour la couverture que pour l’aménagement intérieur est importée de l’étranger.    

  


 
 
 

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